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Plante dépolluante : ce que dit vraiment la science

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Non, une plante d’intérieur ne dépollue pas votre logement de façon mesurable. En laboratoire, dans de petites enceintes fermées, certaines plantes font baisser la concentration de benzène ou de formaldéhyde. Mais une revue de 12 études publiée en 2019 estime qu’il faudrait de 10 à 1 000 plantes par mètre carré de plancher pour égaler le simple renouvellement d’air d’un bâtiment (source). En France, l’ADEME conclut que l’argument « plantes dépolluantes » n’est pas validé scientifiquement aux niveaux de pollution habituels des logements, et que l’aération reste bien plus efficace (source). Les plantes ont d’autres atouts, bien réels : voici ce que disent les études, sans promesse.

Tableau récapitulatif : les « plantes dépolluantes » les plus vendues

PlanteLumièreArrosageHumiditéToxicité chats/chiens (ASPCA)Difficulté
SpathiphyllumFaible à moyenneQuand les feuilles ramollissentÉlevéeToxiqueFacile
SansevieriaFaible à viveToutes les 3-5 semainesIndifférenteToxiqueTrès facile
Dragonnier (Dracaena marginata)Moyenne à viveQuand la moitié du pot est sècheMoyenneToxiqueFacile
Chamaedorea (palmier bambou)Faible à moyenneQuand le dessus est secMoyenneNon toxiqueFacile
Lierre (Hedera helix)Moyenne à viveTerre légèrement fraîcheMoyenneToxiqueMoyenne
FicusVive, indirecteQuand les 3 premiers cm sont secsMoyenneToxiqueMoyenne
PothosFaible à vive indirecteQuand la moitié du pot est sècheMoyenneToxiqueTrès facile
ChlorophytumMoyenne à viveQuand les 2-3 premiers cm sont secsMoyenneNon toxiqueTrès facile
AglaonemaFaible à moyenneQuand les 2-3 premiers cm sont secsMoyenneToxiqueFacile
PhilodendronMoyenneQuand les 3 premiers cm sont secsMoyenne à élevéeToxiqueFacile
Aloe veraVive, soleil possibleToutes les 2-3 semainesFaibleToxiqueFacile

Toxicité d’après la base de l’ASPCA. Paradoxe : la plupart des plantes vendues comme « dépolluantes » sont toxiques pour les chats et les chiens.

D’où vient le mythe : l’étude NASA de 1989

Presque tous les classements de plantes dépolluantes citent le rapport de B. C. Wolverton, Anne Johnson et Keith Bounds, publié par la NASA en septembre 1989 sous le titre « Interior Landscape Plants for Indoor Air Pollution Abatement » (source). L’objectif était de trouver des moyens de purifier l’air de stations spatiales, des volumes clos sans renouvellement d’air.

Ce que l’étude a mesuré

  • Des enceintes minuscules : des chambres en Plexiglas d’environ 0,44 à 0,88 m³, soit moins d’un mètre cube, scellées pendant 24 heures.
  • Des doses élevées : lors du premier criblage, le benzène était injecté entre 14 et 65 ppm, le trichloréthylène et le formaldéhyde entre 16 et 20 ppm. Ce sont des concentrations sans rapport avec celles d’un logement.
  • Des résultats spectaculaires en apparence : à faible concentration de benzène, le lierre a éliminé 89,8 % du polluant en 24 heures, le spathiphyllum 79,5 %, le dracaena marginata 79,0 %.
  • Un rôle majeur du pot : un pot de terre sans plante retirait déjà 20,1 % du benzène. Les auteurs concluent eux-mêmes que la zone racines-terreau semble la plus efficace.

Le rapport proposait d’ailleurs un filtre combinant des plantes et un lit de charbon actif traversé par un ventilateur, et non une plante posée sur un meuble. Cette nuance s’est perdue en chemin.

Ce que dit la science depuis : la revue Cummings et Waring (2019)

En 2019, Bryan Cummings et Michael Waring, de l’université Drexel (Philadelphie), ont repris 12 études publiées sur 30 ans, soit 196 résultats expérimentaux, dans le Journal of Exposure Science and Environmental Epidemiology (source). Ils ont converti chaque résultat en « débit d’air purifié » (CADR, en m³/h), la mesure standard utilisée pour les purificateurs d’air.

  • Une plante purifie en moyenne 0,023 m³ d’air par heure (valeur médiane), avec des écarts de plusieurs ordres de grandeur selon les études.
  • Il faudrait de 10 à 1 000 plantes par mètre carré de plancher pour égaler l’effet d’un renouvellement d’air d’environ une fois par heure.
  • Les plantes éliminent les COV « des ordres de grandeur » plus lentement que la ventilation normale d’un bâtiment (source).

Le calcul, appliqué à un salon

Prenons un salon de 20 m² sous 2,5 m de plafond : 50 m³. Avec un renouvellement d’air modeste de 0,5 volume par heure, la ventilation remplace 25 m³ d’air chaque heure. À 0,023 m³/h par plante, il faudrait environ 1 090 plantes pour faire aussi bien. Ce calcul est un ordre de grandeur, mais il montre l’écart : quelques pots ne pèsent rien face à une fenêtre ouverte.

La position des autorités en France

L’ADEME et le programme PHYTAIR

L’ADEME soutient depuis 2004 le programme PHYTAIR, mené par la faculté de pharmacie de Lille avec le CSTB et l’université Lille 1, cofinancé par les régions Nord-Pas-de-Calais et Pays de la Loire. Trois plantes (pothos, dragonnier, plante araignée) ont été testées face au monoxyde de carbone, au benzène et au formaldéhyde (source).

  • En laboratoire, les concentrations ont baissé de 30 à 90 % selon la plante et le polluant.
  • En conditions réelles, avec ventilation et plusieurs sources de pollution (chauffage d’appoint, encens, parquet en pin), l’effet est jugé quasi nul, même avec 4 jardinières par pièce.
  • Conclusion de l’avis de 2011 : l’argument « plantes dépolluantes » n’est pas validé scientifiquement pour les niveaux de pollution habituels des logements.

L’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) était arrivé dès 2010 à des rendements faibles, qui ne permettent pas d’épurer efficacement le volume d’air d’un bâtiment (source).

Le ministère de la Santé et l’ANSES

Le site officiel Santé.fr résume : les plantes n’ont pas de capacités dépolluantes en conditions réelles d’exposition. Il conseille d’aérer deux fois par jour au moins 10 minutes, et davantage pendant le ménage, la cuisine ou le bricolage (source).

L’ANSES, à notre connaissance, n’a pas publié d’avis spécifique sur les plantes. Son avis d’octobre 2017 sur les techniques d’épuration de l’air intérieur (photocatalyse, plasma, ionisation, ozone) conclut que leur efficacité et leur innocuité en conditions réelles ne sont pas démontrées, et place en premier la réduction des sources de pollution et l’aération (source). La logique est la même pour les plantes.

Ce que les plantes apportent vraiment

  • Du bien-être. S’occuper de plantes, les voir pousser, avoir du vert sous les yeux : c’est l’argument le plus solide pour en avoir chez soi.
  • Un peu d’humidité. Les plantes rejettent de la vapeur d’eau par leurs feuilles, essentiellement l’eau d’arrosage. L’effet reste modeste, et un groupe de plantes ne remplace pas un humidificateur dans un logement très sec.
  • Un indicateur. L’ADEME note que les plantes peuvent servir à la biosurveillance : certaines espèces réagissent visiblement à la pollution.

Et quelques inconvénients

Un terreau trop arrosé peut héberger des moisissures allergènes, signalées à la fois par l’ADEME et par l’OQAI. Certaines plantes sont allergisantes : l’OQAI citait notamment les ficus. Santé.fr recommande donc de choisir des plantes non allergisantes, de ne pas en mettre dans la chambre, d’en limiter le nombre, de modérer l’arrosage et de dépoussiérer les feuilles. Un terreau détrempé attire aussi les mouches du terreau.

Les plantes « dépolluantes » populaires : leur intérêt réel

Spathiphyllum

Testé par la NASA (79,5 % du benzène éliminé en enceinte de laboratoire). Intérêt réel : une plante facile, qui fleurit à l’ombre et indique sa soif en ramollissant. Toxique pour les animaux. Voir la fiche spathiphyllum.

Sansevieria

Présente dans la liste de la NASA. On lit souvent qu’elle « produit de l’oxygène la nuit » et assainit la chambre : aucun effet mesurable sur l’air d’une pièce n’a été démontré en conditions réelles. Son vrai atout : elle supporte presque tout. Voir la fiche sansevieria.

Dragonnier

Testé par la NASA et par PHYTAIR. Intérêt réel : une silhouette graphique, tolérante, qui demande peu d’arrosage. Toxique pour les chats. Voir la fiche dragonnier.

Pothos

Testé par PHYTAIR, avec le même verdict : efficace en enceinte, quasi nul en conditions réelles. Intérêt réel : la plante la plus facile à réussir, qui pousse même loin des fenêtres. Voir la fiche pothos.

Chlorophytum

La plante araignée, troisième plante du programme PHYTAIR. Intérêt réel : facile, rapide, et non toxique pour les chats. Voir la fiche chlorophytum.

Philodendron et aloe vera

Plusieurs philodendrons et l’aloe vera apparaissent dans les tableaux de la NASA. Le philodendron grimpant est une valeur sûre en lumière moyenne. L’aloe vera aime le soleil et l’arrosage espacé ; son gel est utilisé en cosmétique, mais la plante reste toxique pour les animaux. Voir les fiches philodendron et aloe vera.

Chamaedorea, lierre, ficus, aglaonema

Tous figurent dans la sélection initiale de la NASA. Le chamaedorea a l’avantage d’être non toxique pour les chats. Le lierre, champion du benzène en enceinte, est toxique et préfère la fraîcheur. Le ficus est cité parmi les plantes allergisantes.

Ce qui améliore vraiment l’air chez vous

  1. Aérer deux fois par jour au moins 10 minutes, même en hiver.
  2. Entretenir la ventilation : ne pas boucher les entrées d’air, nettoyer les bouches de VMC.
  3. Réduire les sources : limiter bougies parfumées, encens, sprays et produits ménagers, et entretenir chaudière et chauffe-eau.
  4. Aérer davantage pendant et après la cuisine, le ménage, le bricolage ou l’installation de meubles neufs.
  5. Garder les plantes pour le plaisir, avec un arrosage modéré pour éviter les moisissures. Notre guide de l’arrosage des plantes vertes aide à trouver le bon rythme.

Le matériel utile

FAQ

Les plantes dépolluantes, c’est une arnaque ?

Le terme est trompeur. Les plantes captent bien certains polluants en laboratoire, mais l’effet est négligeable dans un logement réel, selon la revue de 2019 et l’ADEME. Acheter une plante pour le plaisir est une bonne idée, l’acheter pour purifier l’air ne l’est pas.

Combien de plantes faudrait-il pour dépolluer une pièce ?

Selon Cummings et Waring, de 10 à 1 000 plantes par mètre carré pour égaler un renouvellement d’air d’une fois par heure. Pour un salon de 20 m², cela représente au minimum 200 plantes, et plus probablement plusieurs milliers.

L’étude de la NASA est-elle fausse ?

Non, ses mesures sont valables dans leur contexte : de petites enceintes scellées, des doses élevées, 24 heures. C’est son extrapolation à une maison ventilée qui pose problème. Les auteurs proposaient d’ailleurs un filtre ventilé combinant plantes et charbon actif.

La sansevieria purifie-t-elle l’air de la chambre la nuit ?

Aucune étude n’a montré d’effet mesurable sur l’air d’une chambre réelle. Santé.fr conseille même d’éviter de mettre des plantes dans la chambre. La sansevieria reste une excellente plante facile, mais pas un purificateur.

Les plantes augmentent-elles l’humidité de l’air ?

Un peu, car elles rejettent l’eau d’arrosage par leurs feuilles. L’effet dépend du nombre de plantes et reste limité. Un excès d’arrosage peut à l’inverse favoriser les moisissures.

Un purificateur d’air est-il plus efficace ?

Un purificateur à filtre a un débit d’air purifié mesurable, bien supérieur à celui d’une plante. L’ANSES rappelle toutefois que certaines technologies (ozone, plasma, photocatalyse) n’ont pas fait la preuve de leur efficacité, et que l’aération et la réduction des sources restent prioritaires.

Antoine
Antoine est passionné de bricolage et de plantes d’intérieur. Sur Jungle Intérieure, il partage des guides concrets pour cultiver, soigner et multiplier les plantes vertes : arrosage, rempotage, lumière, parasites. Bricoleur dans l’âme, il aime fabriquer ses propres oyas, supports et étagères pour plantes, et met toujours les mains dans le terreau avant de conseiller. Ses articles s’appuient sur des sources fiables (extensions universitaires, RHS, ASPCA) et sont mis à jour régulièrement.

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